Faire ta connaissance

Par Niko Everett

Quand j’avais 11 ans, j’étalais du maquillage sur mes jambes pour recouvrir mes taches de rousseur, parce que je les détestais et les trouvais moches.

Quand j’avais 15 ans, je vivais avec mon père et ma belle-mère et je mentais au sujet de ma mère. Elle était serveuse et vivait dans un tout petit appartement, c’était une ancienne toxicomane. Je mentais en parlant d’elle car j’avais trop honte de dire la vérité.

Quand j’avais 17 ans, je me mettais à genoux sur le sol de la salle de bains et me faisais vomir. Je voulais absolument être mince, j’essayais à tout prix d’être parfaite.

Quand j’avais 21 ans, je ne me rendais pas compte que j’inondais mon amie Julie de mes histoires, lui parlant de toutes les personnes que nous connaissions, lui disant à quel point ils étaient supers et combien leur vie était extraordinaire, combien je voulais leur ressembler, combien j’étais jalouse.

Un jour, ma chère amie Julie m’arrêta et me dit : « Niko, il faut que tu fasses ta propre rencontre ! » Quand elle me dit cela, quelque chose changea ; c’est comme si elle avait tenu un miroir face à moi et me montrait quelque chose de complètement différent de ce que j’avais pu voir jusque là. Elle me dit : « Niko, tu devrais être jalouse de toi-même ! Tu es courageuse, tu travailles dur, tu es résistante… si tu pouvais faire ta connaissance, tu t’apprécierais sûrement ! »

Mais cette image de moi s’enfuit aussi vite qu’elle l’avait peinte. J’étais vraiment troublée car l’image que j’avais de moi-même était celle d’une personne gênante, déplaisante, bizarre. J’aimais cette image qu’elle avait créée et je voulais la revoir alors je me suis donné pour mission de la reformer et de la faire durer.

Au bout du compte, je me suis retrouvée à travailler avec des jeunes femmes. Mon travail était de créer un programme pour les aider à améliorer leur estime d’elle même, ce qui bien sûr était paradoxal puisque je n’avais aucune estime de moi-même, mais j’ai commencé à me poser la question : « Pourrions-nous créer notre propre estime ? Pourrions-nous la construire nous-même ? » J’ai fait quelques recherches et je me suis rendue compte que l’estime de soi repose essentiellement sur nos propres pensées et je savais que nous pouvions contrôler nos pensées alors je me suis dit : « Oui ! Peut-être que nous pouvons réellement construire notre propre estime ! » J’avais envie d’essayer.

Durant la première session avec ces filles, je ne savais pas du tout comment faire, je n’avais jamais fait ça avant, je partais de zéro. J’ai décidé de leur demander à chacune de citer une chose à propos d’elle-même dont elle était fière. Voilà, nous allions tester l’idée de construire des pensées positives à notre sujet. Cela ne fonctionna pas très bien. Ces filles ne pouvaient pas citer une seule chose dont elles étaient fières et je comprenais cela car j’étais exactement comme elles, je ressentais la même chose. Alors j’ai inventé un exercice pour elles, pour chacune d’entre nous. Celui-ci consistait à imaginer d’« augmenter le volume » à chaque fois que nous avions une idée positive nous concernant, réellement augmenter le volume de cette pensée. Et chaque fois que nous avions une pensée négative, nous devions « appuyer sur la touche supprimer », supprimer cette pensée de notre cerveau et la laisser disparaître comme par magie. Cela fonctionna. Cette idée de prendre en quelque sorte du recul pour pouvoir mieux nous regarder, petit à petit, nous permit à chacune de trouver des petites choses que nous aimions de nous même.

En ce qui me concerne, pour chaque petite chose que j’appréciais en moi, il y en avait 10 autres que je n’aimais pas, 10 choses à critiquer, et c’était pareil pour les filles. Alors nous avons décidé qu’à la fin de chacune de nos sessions, l’une d’entre nous se tiendrait debout au milieu du groupe et que chaque fille lui dirait une chose qu’elle aimait à son sujet. C’était vraiment dur d’être celle du milieu, comme si nous ne voulions pas laisser ces compliments nous atteindre et au contraire les empêcher d’entrer. Alors nous avons inventé une règle : à chaque fois que nous recevions un compliment, nous devions simplement répondre : « merci ». A la fin de chaque session, nous écrivions chacune une chose que nous admirions à notre sujet, nous nous efforcions de construire cette liste et d’amener nos pensées sur les choses importantes. Je voudrais vous en présenter quelques-unes.

Voici ce que nous avons écrit le premier jour :

J’ai écrit « Je suis fière de mon travail avec ces filles » et elles ont écrit « je suis fière d’avoir tenu tête à la fille qui harcelait ma meilleure amie », « je pense que je suis intelligente », « j’aime être différente », « je cours très vite » et « je suis une artiste douée »

A la fin de cette année là, ces filles ont commencé à changer, elles se tenaient un peu plus droites, elles étaient plus gentilles les unes envers les autres. J’ai changé moi aussi, elles m’avaient montré que je pouvais réécrire mon histoire. Et j’ai réalisé que nous n’étions pas les seules dans ce cas. Des garçons, des adolescents, même des adultes avaient aussi du mal à trouver une ou deux choses à dire dont ils étaient fiers. Autour de nous, cette image négative que nous avions ressortait de façon alarmante. Il s’avère que le suicide est la 3ème cause de décès chez les jeunes. Une fille sur quatre dit avoir fait l’amour pour la première fois pour être plus appréciée, plus populaire. Garçons et filles rejoignent des gangs non pour se sentir en sécurité mais pour se sentir plus importants.

Mais voici une bonne nouvelle : nous pouvons changer cela. Grâce au travail que j’ai fait avec ces filles, au travail que je fais depuis 15 ans, nous avons maintenant trouvé des solutions pour se sentir bien dans notre peau aujourd’hui. Les voici :

  • La première chose que nous pouvons faire pour nous sentir bien dans notre peau est de passer du temps avec des gens qui nous font nous sentir bien. Trouvez votre Julie et passez du temps avec elle ou lui.
  • La deuxième chose est d’ « augmenter le volume » de nos pensées positives, nous pouvons ainsi renforcer ces pensées positives et nous pouvons « supprimer » les pensées négatives.
  • La troisième chose est de commencer, dès aujourd’hui, à dire aux personnes qui nous entourent ce que nous voyons en elles que nous aimons, aidons-les à démarrer leur propre pensée positive.
  • Et la dernière chose est, quand nous recevons un compliment, de nous tenir fermement sur nos pieds, regarder l’autre dans les yeux et lui dire « merci»

Créons un monde où nous pouvons tous grandir en nous sentant bien dans notre peau, où nous pouvons relire notre histoire différemment.

Je commence.

J’ai 11 ans et j’aime ces jambes car un jour elles m’aideront à courir des marathons.

J’ai 15 ans et je suis fière de ma mère car elle est sobre et travaille pour nous offrir une meilleure vie.

J’ai 17 ans et je sais que personne n’est parfait.

J’ai 21 ans et je pense que je réussis tout aussi bien que mes amis.

J’ai 37 ans maintenant et ceci est mon histoire.

Je vous invite aujourd’hui à faire deux choses avec moi :

Premièrement, soyez Julie pour quelqu’un. Invitez cette personne à faire sa propre rencontre parce que cela pourrait changer sa vie.

Deuxièmement, prenez une feuille de papier et écrivez 10 choses que vous admirez à propos de vous, les 10 choses dont vous pourriez être jaloux si vous étiez quelqu’un d’autre. Ceci est le début de votre histoire.

Je vais vous aider à démarrer, je vous connais à peine mais je peux déjà dire que vous êtes courageux, que vous travaillez dur, que vous êtes résistants, talentueux, gentils, calmes, extraordinaires, uniques.

Merci.

2ème Conférence annuelle de TEDxYouth, Bommer Canyon, CA (USA), 9 Décembre 2012

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