Intention de prière

Chères lectrices,

Ce blog n’a pas vocation à commenter l’actualité. Cependant, suite aux attentats qui ont touché Paris, nul doute que nos cœurs de femmes – que nous soyons mères, épouses, filles ou sœurs – ont été touchés, émus ou blessés.

Diverses réactions ont fleuri dans la presse et sur les réseaux sociaux et il nous semble tout à fait approprié d’encourager ici une initiative ambitieuse qui correspond au message que nous cherchons à faire passer.

Il s’agit d’une démarche simple : « adopter spirituellement un soldat de Daesh et prier pour sa conversion », en offrant pour cela tout ce que vous pourrez, chacun selon sa capacité.

Alors si vous voulez toujours changer le monde, utiliser tous les moyens en votre pouvoir pour cela, sans vous laisser apeurer et en participant à un mouvement de grande ampleur, cliquez ici !

A bientôt,

les filles du Roi.

 

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Madame Elisabeth

Je voudrais retracer ici l’histoire d’une femme étonnante, à la personnalité vive, dont le haut rang et l’environnement privilégié ne pouvaient présager le destin tragique qu’elle connut. C’est madame Élisabeth de France, sœur du roi Louis XVI.

Élisabeth est née le 3 mai 1764. Huitième enfant du dauphin Louis et de Marie-Josèphe de Saxe, elle devient orpheline de ses deux parents à l’âge de 3 ans. La vie marquait déjà de son sceau de douleur la frêle petite enfant. Son caractère devient alors très difficile à apprivoiser : elle se montre désobéissante, têtue et aux sautes d’humeur imprévisibles. Elle est élevée en même temps que sa sœur Clotilde, de 4 ans son aînée, par la comtesse de Marsan, gouvernante des enfants de France. C’est une femme sévère et inflexible qu’Élisabeth n’aime pas beaucoup mais qui lui donne une excellente éducation, ce qu’elle reconnaîtra plus tard.

Le 14 mai 1770, la jeune dauphine Marie-Antoinette d’Autriche arrive à la cour pour épouser le dauphin, futur Louis XVI. Elle n’a que 15 ans et s’attache profondément à la jeune Élisabeth, de 10 ans sa cadette. Elles resteront très liées, d’une amitié profonde qui durera jusqu’à la fin de leur courte vie.

Au même moment, la comtesse de Marsan donne sa démission de gouvernante, et est remplacée par deux sous-gouvernantes, madame de Mackau, veuve et mère d’une petite Angélique, qui deviendra la meilleure amie d’Élisabeth, et la comtesse Rosalie d’Aumale. Toutes deux s’attachent à la jeune princesse comme à leur fille, lui prodiguent l’affection maternelle dont elle a tant manqué, et arrivent à vaincre sa nature rebelle et explosive.

L’année 1774, le roi Louis XV meurt, et le jeune Louis Auguste est sacré à Reims le 11 juin 1775. Élisabeth est alors une jeune fille de 11 ans, très éloignée de la petite fille désobéissante des premières années. Éduquée très tôt (à partir de l’âge de 7 ans!) à la philosophie, elle a développé une intelligence, une maturité et une clairvoyance étonnantes malgré son jeune âge. Ardente lectrice, elle s’abreuve de la lecture des anciens. Brillante scientifique, elle se passionne pour les mathématiques et la botanique. Également très manuelle, elle exécute les travaux d’aiguille, la peinture ou le modelage avec brio.

Cette solide formation est faite dans un profond esprit chrétien, grâce à ses deux gouvernantes qui ont grandi à la maison d’éducation de Saint Cyr et en ont retransmit l’esprit à Elisabeth. C’est pourquoi, bien que n’ayant pas connu son père, elle est comme lui une âme très pieuse, tout en vivant dans une cour où on ne l’est guère. Elle assiste à la messe tous les matins. Bien que de nature très sociable, elle s’astreint à de longs moments de solitude pour s’adonner à l’étude, la lecture ou l’écriture. Cette solitude volontaire n’est pas austère, et par ailleurs elle sait aussi s’amuser. Les bals, les fêtes, l’opéra sont un ravissement pour elle. Elle pratique l’équitation avec beaucoup d’ardeur, épuisant ses dames de compagnie qui ne peuvent la suivre au bout de ses excursions. Elle aime aussi le jeu, surtout le billard, qu’elle pratique souvent en famille après souper.

Vers l’âge de 14 ans, à cause de sa grande piété et de plusieurs prestigieux projets de mariage qu’elle refuse, la rumeur court qu’elle veut rentrer au couvent. Elle déjoue pourtant les prévisions. On sait qu’elle s’est consacrée entièrement à Dieu, et ne songe dès lors plus qu’à son salut. Mais elle a décidé que ce vœu ne s’accomplirait pas au sein d’un couvent, mais au sein de sa famille. « Je ne veux point chercher à avoir un état qui me rende indépendante du Roi et de la Reine », dit-elle. Consacrée à Dieu, elle veut se dévouer toute entière au Roi et à la Reine. Et elle donnera sa vie pour eux, en restant avec eux et en étant leur dernier soutien tout au long des événements de la Révolution, jusqu’à leur mort.

C’est une âme généreuse. Son cercle d’amies s’agrandit sans cesse, et elle montre une affection débordante pour elles, les comblant de multiples prévenances. L’une d’elle est-elle malade, qu’elle la visite aussi souvent que possible, prend des nouvelles quand elle ne peut la visiter, et lui envoie les meilleurs médecins. Si une autre s’absente, elle lui écrit sans cesse, disant sa hâte de la revoir. Une autre de ses grandes amies, Louise de Causans, ayant un projet de mariage en vue avec le marquis de Raigecourt, est bien malheureuse car sa dot est trop peu élevée, et le mariage ne peut avoir lieu. Elisabeth va demander à son frère le Roi l’équivalent de ses futures étrennes annuelles pour cinq ans, ce qui correspond à la dot exigée. Elle en fait ainsi le sacrifice pour les offrir à sa chère Louise. Le mariage a lieu, et Elisabeth dira toute joyeuse : « Je n’ai plus mes étrennes, mais j’ai ma Raigecourt ».

Elle dépense tout son argent pour faire des cadeaux à ses amies ou secourir les pauvres, et se retrouve souvent sans le sou, puis doit emprunter à son entourage, car elle n’ose pas le dire à son frère le Roi. Mais on lui prête toujours de bonne grâce, car on sait le bon usage qu’elle en fait.

Les pauvres sont un grand souci pour elle. Dans son domaine de Montreuil que le Roi lui a donné, elle les accueille, leur distribue des vivres, et installe un dispensaire pour les soigner. Elle-même se fait infirmière et assiste le médecin, panse les plaies, prépare les médicaments.

Elle est de nature très joyeuse, naturellement portée à l’ironie, et friande des « bonnes histoires » du moment qui la font rire aux éclats. Mais derrière cette franche gaieté se cache une profonde maturité spirituelle. Elle jouit d’une haute réputation dans tout le Royaume, ce qui n’entache en rien sa modestie. Un jour un évêque ayant demandé au Roi de la lui être présenté, il se mit à la louer de façon très pompeuse, finissant son discours élogieux en disant « je ne suis même pas au niveau de mon sujet ». « Vous avez raison, car vous êtes bien au dessus », répondit-elle spontanément.

La Révolution.

1789 : Elisabeth a 25 ans, c’est la date de sa majorité.

La réunion des États généraux ouverts par le roi le 5 mai tourne en rébellion, et on décrète la création d’une Assemblée constituante, en vue de donner une nouvelle constitution à la France. Louis XVI fait venir des troupes à Paris pour mater les émeutes, mais ceci donne lieu à la révolte du 14 juillet et à la sanglante prise de la Bastille. Le roi retire alors ses troupes. C’est le début de l’émigration des nobles, notamment du comte d’Artois, frère du roi. C’est le frère dont Elisabeth est le plus proche, et elle manque de s’évanouir à l’annonce de son départ. Ses deux grandes amies, Angélique de Bombelles et Louise de Raigecourt, doivent partir aussi. Le 4 août, on vote l’abolition des privilèges. C’est la fin de l’Ancien Régime. La déclaration des droits de l’homme est promulguée.

On reproche au Roi de rester à Versailles, on le réclame à Paris. Des difficultés d’approvisionnement en grain (la France est très appauvrie depuis la guerre d’indépendance des États Unis) provoquent des émeutes. Une foule hargneuse se rend à Versailles et tue une partie de la garde royale. Leur sacrifice sauve la famille royale qui a manqué d’être massacrée. Le Roi, la Reine, leurs enfants et madame Elisabeth sont emmenés de force à Paris, escortés par les massacreurs portant les têtes des gardes du corps au bout de leur piques. Le petit Dauphin, âgé de 4 ans 1/2 et sa sœur, madame Royal, sont épouvantés.

Résidence aux Tuileries

Assignée à résidence aux Tuileries, la famille royale est protégée par la garde nationale, qui en réalité est plutôt chargée de les espionner. Leurs moindres faits et gestes sont surveillés. Contrairement aux soldats de la garde royale, les gardes nationaux ne sont pas des gentilshommes, et leurs incorrections valent aux résidents royaux des vexations incessantes.

Dans ses lettres, madame Élisabeth se plaint d’un ennui mortel. Elle a peu de distractions, et ses amis l’abandonnent peu à peu, parfois sans prévenir. Malgré cela, alors qu’elle en aura de nombreuses occasions, elle refuse de partir. Elle respectera jusqu’à sa mort son vœu de fidélité à la famille royale.

Elle s’occupe par une action contre-révolutionnaire, autant qu’elle le peut. Elle encourage les royalistes à publier des pamphlets, entre en contact avec des fidèles dans l’intention d’établir un plan d’évasion, entretient une correspondance secrète et chiffrée avec les émigrés, notamment le comte d’Artois, et sert d’intermédiaire entre lui et le Roi car ils sont en désaccord total sur la conduite à tenir.

Début 1790, elle commence à comprendre que la royauté ne sera pas sauvée. Elle s’abandonne alors totalement à la Providence : «que la volonté de Dieu soit faite, tâchons d’y être résignés». Elle trouve son réconfort dans la prière et les sacrements. C’est l’époque ou elle fonde la confrérie consacrée aux deux cœurs de Jésus et de Marie, et en recrute les membres parmi ses amies. Elle y fait le vœu de prier « pour la conservation de la religion en France » (la Constitution civile du clergé vient d’être votée). Les associées forment une communion de prière : on détermine une intention de prière, et à la date dite toutes prient en communion. En avril 1791, par exemple, elle choisit sept de ses associées, et les charge de prier afin de demander à Dieu pour le Roi un des sept dons du Saint Esprit.

Dans toute la France, on sait son refus inébranlable d’assister aux messes célébrées par les prêtres constitutionnels. Elle est un modèle et un réconfort pour les catholiques fidèles.

Son espérance grandit sans cesse. Elle voit clairement se profiler les événements tragiques à venir, mais garde toujours une grande confiance en Dieu. Voici quelques passages de ses lectures spirituelles qu’elle affectionne : « Il faut se livrer à la miséricorde, et prendre sur soi toutes les promesses qu’il a faites à ses élus, se regarder comme déjà sauvés par l’espérance ». « Je suis calme, et j’espère en une éternité bienheureuse ».

Peu après, la famille royale tente de s’enfuir. C’est un échec : les fugitifs sont repérés à Varennes et ramenés à Paris. Dans la calèche du retour, elle se met à plaider la cause du Roi auprès des deux députés qui les accompagnent. C’est la seule fois où elle eut l’occasion d’utiliser sa verve éloquente, et on peut le regretter, car elle ébranle ces deux fervents républicains, notamment Barnave, pourtant lui-même grand orateur, qui est subjugué, change à ce moment de conduite et d’opinion, et est dès lors rallié à la cause royale.

De retour à Paris, la situation s’aggrave. Le Roi est dépossédé de son pouvoir exécutif. Ils sont plus que jamais sous étroite surveillance, nuit et jour, jusque dans leur chambre.

Élisabeth grandit encore plus dans sa vie spirituelle, on en a de nombreuses traces dans sa correspondance. Elle se fixe pour objet de se maîtriser parfaitement pour mieux obéir à Dieu.  « Heureux l’homme qui, tenant toujours son âme entre ses mains, ne voit que Dieu et l’éternité. »

Le 20 juin 1792, 20 000 manifestants hargneux et armés de piques entrent aux Tuileries. Ils font pression pendant plusieurs heures sur le Roi car il veulent obtenir la levée de son veto sur deux décrets qu’il a récemment refusés. Pendant tout ce temps, Élisabeth reste courageusement aux côtés du Roi au péril de sa vie. Devant une méprise des assaillants qui la prennent pour la Reine et réclament sa tête, elle dissuade héroïquement son écuyer de les détromper, pour sauver la Reine. Ils sont délivrés de cette agression dans la soirée par le député Pétion qui convainc les manifestants de rentrer chez eux.

Le 10 août, une insurrection marque la fin de la royauté : le trône est renversé. La famille royale est prisonnière. On les enferme au Temple dans un isolement total. Toute correspondance est interdite, il n’y a pas de sortie possible. Le seul moyen de prendre l’air est en haut de la tour, mais on ne peut pas voir le paysage car la balustrade a été surélevée.

Malgré toutes ces épreuves, madame Élisabeth garde son entrain et sa gaîté coutumière. Elle participe à la vie de famille, joue aux échecs, fait des lectures à voix haute. Au fond de son cœur , elle a déjà fait le sacrifice de tout, même de sa vie.

Vient la terrible séparation avec le Roi. Sa famille n’a plus le droit de le voir, bien qu’il soit dans la chambre au dessus d’eux. Élisabeth imagine un ingénieux système de correspondance grâce à une ficelle. Ils peuvent ainsi s’échanger quelques messages, pleins de tendresse et d’affection.

Très douée pour sonder les cœurs, Élisabeth repère vite que certains gardiens sont attendris devant la famille royale, durement éprouvée, mais toujours unie et si innocente. Certains détestent leur besogne. Elle réussit à les déceler et s’en fait des amis. Ce qui séduit beaucoup chez elle, c’est sa bonté. Un jour qu’elle demande au municipal Lepître ce qu’il pense du bas qu’elle tricote, il se moque disant qu’il est si large qu’on dirait un bonnet. « Eh bien ! Soit un bonnet, et il sera pour vous » répond-elle. Elle lui en fait cadeau en lui demandant de donner l’équivalent de son prix aux pauvres, ce qu’il fait scrupuleusement. Il admire la façon dont la princesse distribue ses bonnes actions tout en plaisantant. « Jamais je n’ai vu de piété plus solide, et à la fois plus d’aménité dans le caractère », témoigne-t-il.

Les prisonniers arrivent à garder contact avec l’extérieur grâce au dernier fidèle qui reste employé à leur service, le dénommé Turgy. Il n’a pas le droit de leur parler mais ils s’échangent des mots dissimulés dans les bouchons de carafe. Élisabeth s’informe ainsi de ses amis, de l’actualité. Malheureusement plusieurs municipaux sont dénoncés. Le réseau se resserre.

Elles apprennent la mort du Roi. Peu de temps après, le dauphin leur est enlevé, et est malmené par Simon, sous leurs fenêtres. On lui met le bonnet rouge, on le fait boire, et une fois saoul, on lui fait proférer des jurons et des insultes. C’est une épreuve insoutenable.

Puis c’est la séparation avec la Reine qui sera exécutée, mais Elisabeth ne le saura que beaucoup plus tard. Elle se retrouve seule avec sa nièce, madame Royale, âgée de 13 ans. Leurs conditions carcérales sont devenues extrêmement difficiles. Elles ont très peu de nourriture et pas de lumière, et doivent donc se coucher avec le soleil. Leur isolement est total : Turgy est démis de ses fonctions, les plats sont à présent déposés sur le sol avant que l’on referme la porte. Elles n’ont aucune nouvelle de l’extérieur.

Élisabeth se consacre à sa nièce. Elle l’éduque et s’efforce de la distraire. Leur emploi du temps est très réglé et se compose de prières, d’exercices (elles marchent vite dans la chambre car aucune sortie n’est permise!), de jeux et de lectures. La nourriture est très succincte, mais malgré cela Elisabeth fera jeûne pendant tout le Carême. Elle garde un grand calme, une grande sérénité, et une totale confiance en Dieu.

Cet isolement total dure 7 longs mois. Le 9 mai 1794, on vient la chercher un soir brutalement. On ne lui ménage pas les injures, ce qui ne l’atteint pas. Sa nièce raconte : « alors elle m’embrassa, me dit d’avoir courage et d’espérer toujours en Dieu ».

Condamnée à mort avec 25 autres accusés, son procès n’a duré que quelques minutes. Elle est accusée d’être une ennemie de la Révolution, une conspiratrice, alors qu’il n’y a aucun élément ni témoin à charge. Elle reçoit pourtant le verdict de son jugement avec une grande dignité, sans proférer un seul mot, au grand étonnement de ses juges.

Pendant les quelques heures qui la séparent de son exécution, elle met toute son énergie à consoler et redonner du courage aux autres condamnés à mort. Selon plusieurs témoins, beaucoup furent grandement réconfortés par ses paroles.

Dans la charrette qui la mène à l’échafaud, elle est reconnue. Les gens sont bouleversés de la voir conduite au supplice. Certains se prosternent pour obtenir sa bénédiction. Un médecin qui la soignait autrefois, la voyant, tombe à genoux en gémissant. Une fois rentré chez lui il dit à sa femme : « j’ai reçu le coup de la mort », s’alite et meurt peu de jours après.

Elle est la dernière de sa « fournée » à être exécutée. Tous les autres viennent la saluer respectueusement avant de passer à l’échafaud. L’avant-dernier, un chanoine, la bénit. Pendant tout ce temps elle récite le De Profundis, avec un visage d’une sérénité parfaite. Elle écrivait un jour à une amie : « Que l’idée de l’éternité devient douce, lorsqu’au moment de la mort on peut se dire : j’ai vécu toute ma vie pour Dieu ».

Habituellement, après une exécution, un grand roulement de tambour résonne et les acclamations du peuple forment un grand brouhaha. Mais le commandant de service qui devait ordonner le roulement s’évanouit, comme mort. Dans la surprise, il s’ensuit un lourd silence. C’est alors que selon plusieurs témoins une odeur de rose se serait répandue sur toute la place.

Étant née dans les honneurs et la grandeur, madame Élisabeth est toujours restée humble et discrète. Ce fut un exemple de conduite chrétienne et de patriotisme, car elle consacra et sacrifia sa vie pour son Roi et pour la France. Elle nous laissa cette magnifique prière qu’elle récitait souvent au Temple, et qui fut transmise à la postérité par un des valets de chambre, François Hue,  grandement édifié un jour qu’il surprit la princesse à la réciter :

« Que m’arrivera-t-il aujourd’hui, ô mon Dieu, je l’ignore.

Tout ce que je sais, c’est qu’il ne m’arrivera rien qui ne soit prévu de toute éternité.

Cela me suffit, ô mon Dieu, pour être tranquille.

J’adore vos dessins éternels, je m’y soumet de tout mon cœur.

Je veux tout, j’accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout et j’unis ce sacrifice à celui de votre cher Fils,

mon Sauveur, vous demandant, par son Sacré-Cœur et par ses mérites infinis,

la patience dans nos maux et la parfaite soumission qui vous est due

pour tout ce que vous voudrez et permettrez.

Changer le monde

Nous lisons tous les jours dans la presse ce dont est formé le monde qui nous entoure ; guerres, violences, inégalités, chômage, pauvreté, maladies incurables, réchauffement climatique, crises en tous genre (économie, logement, société, etc.). Comment ne pas être déprimés voire suicidaires en refermant les pages d’un journal ou en éteignant le poste de télévision?

Nous sommes loin de rêver de vivre dans un champ d’arc en ciels au milieu de licornes mais il nous semble que ces évènements dont nous prenons connaissance au quotidien forment nos pensées, ou plutôt les déforment.

C’est la crise/C’est la guerre/C’est la catastrophe. Bien. Et alors, que fait-on? Que fait-on pour sauver ce pauvre monde ? Pour résister face à ce flot de problèmes très divers et très variés? Par où commencer?

Prendre le parti de ne pas avoir de télévision chez soi et de ne plus ouvrir de journal peut être reposant mais est loin d’être suffisant ; non seulement parce que l’information continuera d’arriver malgré ces mesures de précaution, mais encore parce que s’isoler ne peut pas être un but en soi.

Demandons nous donc d’abord ce que nous voulons pour cette Terre ? Pour les gens qui nous entourent ? pour cette société qui est la nôtre ? Que voudrions nous voir émerger à la place de ces guerres, violences, etc. ? Puisque « la nature a horreur du vide », il nous faut remplacer tout cela par autre chose ! Le pape saint Pie X disait « la force des mauvais, c’est la lâcheté et la faiblesse des bons ». Que pouvons nous faire pour changer les choses ?

– « Quel est le plus grand des commandements ? » demanda-t-on un jour à Jésus

– « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit » répondit-il. Puis il ajouta « Mais le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même »

Ainsi, l’amour de Dieu et l’amour du prochain sont extrêmement liés. C’est le même précepte qui est véhiculé dans la parabole du Bon Samaritain, enseignée par Jésus ; Le Bon Samaritain, rencontrant au bord du chemin un homme qui avait été détroussé et frappé par des brigands, l’emmena avec lui jusqu’à une auberge où il lui fit prodiguer des soins et de la nourriture.

Le catéchisme de l’Eglise Catholique définit les oeuvres par lesquelles nous pouvons secourir les besoins corporels ou spirituels du prochain, ce sont les Oeuvres de miséricorde

Le mot Miséricorde vient du latin Miseri Cor Dare = Donner son coeur aux miséreux

Il s’agit donc de Donner, ou plutôt Se donner, par le coeur, à tous ceux qui en ont besoin.

Oeuvres de miséricorde corporelle

  1. Donner à manger à ceux qui ont faim
  2. Donner à boire à ceux qui ont soif
  3. Vêtir ceux qui sont nus
  4. Abriter les étrangers
  5. Soigner les malades
  6. Visiter les prisonniers
  7. Ensevelir les morts

Oeuvres de miséricorde spirituelle

  1. Conseiller ceux qui en ont besoin
  2. Instruire les ignorants
  3. Exhorter les pêcheurs
  4. Consoler les affligés
  5. Pardonner les offenses
  6. Supporter patiemment les personnes ennuyeuses
  7. Prier Dieu pour les vivants et pour les morts

Voici donc le programme qu’il nous est proposé de suivre dans le but très simple mais ambitieux de changer le monde !

Le catéchisme précise qu’il nous sera demandé un compte particulier de ces oeuvres au jour du Jugement alors faisons d’une pierre, deux coups, et chacune selon nos moyens, apportons nos petites pierres à cet édifice.

Le Cercle des Mamans Anonymes

J’entre. Je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. Ma copine de garderie – non pas que j’aille moi-même à la garderie mais nos enfants s’y retrouvent – m’a proposé de la rejoindre à une sorte de réunion-présentation sur le thème de l’éducation. Le bâtiment est immense : à tous les coups, je vais me paumer. Je monte au quatrième étage, je suis le bruit et la lumière. J’entre dans une grande salle : des chaises installées en cercle dont quelques-unes de libres, des femmes et une bonne quinzaine de sourires dans ma direction ; je commence à paniquer.

– « Bonjour, je vous en prie, prenez une chaise

– Merci, pardon du retard »

Mais qu’est-ce que je fais là ? Si ma copine de garderie n’était pas parmi la ronde de « réjouis de la crèche », je pourrais me croire dans un cercle d’alcooliques anonymes, catholiques évidement : pour être physiquement si optimiste, il faut être catho… ou avoir moins de 7 ans…

Mince, c’est mon tour, je dois y passer :

– « Bonjour, je m’appelle Christine, je suis mariée, j’ai deux enfants en bas âge, un garçon et une fille.

– Très bien ! Et pourquoi êtes-vous là ? Que recherchez-vous ?

– Eh bien, en fait, je ne sais pas ce que je fais là, je m’attendais à assister à une conférence sur l’éducation.

– Ah ! Pas du tout, nous allons créer des « Chantiers-Education »1 dans votre quartier ! Un Chantier est un groupe d’une petite dizaine de mamans ayant des enfants du même âge, il se retrouve une fois par mois autour d’un thème choisi. Les thèmes concernent les difficultés éducatives que les mamans rencontrent. Elles partagent leurs principes, leurs expériences, leurs coups durs et leurs réussites. Ainsi, chaque maman est soutenue, encouragée et conseillée dans son rôle d’éducateur. Tout le monde peut faire partie d’un chantier ! »

Un an plus tard…

Je me suis lancée. Je suis entrée dans un « Chantier ». Drôle de nom pour un groupe de mamans qui discutent assises autour d’une table souvent agrémentée de boissons et gâteaux ; et pourtant, réflexion faite, ce terme de chantier est opportun. L’éducation est un chantier. Nous étudions nos quotidiens, nos caractères, les défauts et les qualités de nos enfants, pour mieux les travailler et construire quelque chose de solide. Le travail avance souvent doucement, et nous devons changer nos plans en fonction des circonstances, des imprévus de la vie. Il est évident que les Chantiers-Education ressemblent davantage à un chantier médiéval qu’à celui du XXIe siècle : lenteur, remise en cause, évolution au gré de départ de certains maîtres d’œuvre et d’arrivée de nouveaux ouvriers, et un sens du détail flirtant avec l’art ! Le but n’est pas de construire rapidement, mais solidement, peu importe la durée des travaux, même si nous pouvons l’évaluer à une vingtaine d’année par enfant.

Au-delà de l’aspect purement éducatif, ces réunions apportent un soutien humain considérable : soutien moral, parfois amical, une oreille nouvelle et bien différente de celle de nos proches.

Les motivations pour intégrer un Chantier-Education peuvent être multiples : intérêt développé pour l’éducation, difficultés présentes ou anticipées avec les enfants, sentiment de solitude, d’incompréhension ou d’impuissance, besoin de liens sociaux, etc.

Pour beaucoup de femmes, ces réunions sont une réussite, une aide non négligeable, une bouffée d’air frais ! Le principe est simple et désormais bien rodé. Je le conseille à toutes ces mamans anonymes qui, parfois, ont le vertige à la pensée de leurs responsabilités.

Christine Dol

1 Les Chantiers-Education ont été créés en 1990 par des mamans particulièrement préoccupées par leur rôle de premier éducateur. Ils sont désormais un service des AFC (Associations Familiales Catholiques) mais le principe peut être repris par qui le souhaite pourvu que chaque Chantier respecte des règles précises préalablement établies.